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02/02/2009

Thomas Sankara interviewé : je-nous, peuple-ennemis

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Encore une note sur Thomas Sankara !!! (J'en ai déjà fait ici, ici et ). Figurez-vous que les stats internes de mon blog révèlent que les mot-clés "sankara" et "thomas sankara" sont parmi ceux qui sont le plus souvent saisis par les internautes pour "tomber" sur mes notes. Ce qui veut dire que Thomas Sankara est un bon sujet pour attirer des visiteurs (pas con !!!). Plus sérieusement, je fais cette note pour répondre, à ma façon, à une question que nombre de mes fidèles lecteurs m'ont posée : en gros, "quelle est votre analyse de la tragédie de la révolution burkinabè et du leadership sankariste ?"

Répondre à ma façon, dis-je. Eh bien, j'ai tout simplement analysé la configuration de quatre indices langagiers dans les paroles de Thomas Sankara en situation naturelle d'interview. Ces indices sont : "moi-je", "nous", "peuple" et "ennemis" (groupe sémantique constitué essentiellement par cinq références : ennemis, réactionnaires, la réaction, adversaires, contre-révolutionnaires). Les textes d'interviews analysés sont consultables sur le plus important site internet dédié à Thomas Sankara (www.thomassankara.net. Au passage, je dis merci et bravo aux animateurs de ce site pour le travail hautement utile d'archivage et de mise à disposition de certains documents couvrant la séquence révolutionnaire burkinabè (1983-1987).

Pour bien mettre en évidence l'évolution dans le temps de la configuration des indices langagiers retenus ici, j'ai réparti l'ensemble des textes d'interviews disponibles sur le site www.thomassankara.net en trois sous-corpus : "corpus 1983-1984", "corpus 1985" et "corpus 1986-1987". Les deux graphiques ci-après nous permettront de visualiser les résultats de l'analyse sous deux angles : l'angle de l'évolution des poids relatifs des quatre indices langagiers et celui complémentaire de l'évolution de leurs taux de variation.

poids_relatifs__je_,__nous__,__peuple_,__ennemis_.png

graph2_taux_de_variation__je_,__nous_,__peuple_,__ennemis_.png

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Quelques commentaires

1. Thomas Sankara, dans son énonciation, utilise préférentiellement le pronom "NOUS" par rapport au "moi-je" (Voir graphique 1). Il est intéressant d'analyser ce fait de langue et de langage. Cet usage massif et constant  (voir graphique 2) du "nous" dans les actes de parole sankaristes signifie, à mon avis, que le "nous" est chez Sankara un élément central d'une stratégie discursive spécifique visant à associer le destinataire à l'origine énonciative, à présupposer un collectif nourri de sentiment d'appartenance à une communauté révolutionnaire. Dire "nous.. " c'est mettre en scène un système d'inclusion dont l'objectif est de susciter un phénomène d'identification collective, voire d'unification. Un acte de parole articulé au "nous" affirme une parole qui se veut commune et une communauté d'accord. En référant ses actes de parole authentiques au pronom "nous", Thomas Sankara semble donc proposer une identité autant qu'une conduite : inclure et viser l'unification autour des idéaux du Conseil National de la Révolution burkinabè.

2. Dans la période 1983-1984 notamment (voir Graphiques 1 et 2), on voit que le travail d'unification, de totalisation politique inscrite dans la parole sankariste passe par la mobilisation conjointe de deux thématiques en particulier : celle du rassemblement révolutionnaire pour le "PEUPLE" burkinabè et celle de l'exclusion du tiers - l'ENNEMI réel ou supposé - qu'il s'agit de combattre. Deux figures opposées et complémentaires donc : une figure attractive (le peuple), parée de toutes les vertus et qui mérite toute l'attention des révolutionnaires et une figure répulsive (l'ennemi du peuple bien entendu) à "abattre". Cette opération stratégique visiblement manichéenne de position et d'opposition permet en fait de délimiter ce que l'on pourrait appeler le territoire de l'organisation révolutionnaire, de le structurer et de l'orienter. JE me souviens qu'à l'époque, dans la ferveur révolutionnaire, l'ennemi présenté de manière plus ou moins abstraite et implacable était un personnage central qu'il convenait de contrer par tous les moyens, un personnage méthodiquement introduit dans l'imaginaire de la jeunesse burkinabè en particulier.

3. Le tryptique "NOUS- le PEUPLE-Les ENNEMIS" (en réalité une opposition "NOUS avec le PEUPLE" face aux "ENNEMIS")  qui était en vigueur dans la stratégie discursive sankariste de la période 1983-1984 perd beaucoup de sa force structurante dans la stratégie discursive sankariste de la période 1986-1987. La tension "peuple" versus "ennemis" a significativement baissé (voir Graphique 2 : évolution des taux de variation). C'est une inflexion importante. Tout se passe comme si, à ce moment là, il n'y a plus d'extérieur structurant. Le "NOUS" dont l'usage est pourtant resté d'une insistance constante dans l'énonciation sankariste (voir Graphique 2) et dont l'utisation est fondamentalement polémique se retrouve à l'étroit, refermé sur lui-même et finit par manquer de respiration. La suite est connue. Ce "Nous" implosera tragiquement le 15 octobre 1987 avec la mort de Thomas Sankara. Il implose parce que la volonté sankariste d'unification des acteurs internes de la révolution burkinabè va se heurter à l'apparition d'autres "nous" au sein même du Conseil National de la Révolution, révélant d'autres groupes constitués sur la base d'autres valeurs. Enfin, le désir de "Nous" se retrouvera confronté avec une montée en puissance du "Moi-Je" (y compris la montée du "Moi-Je" de Thom Sank lui-même : voir Graphique 2 - période 1986-1987) qui s'affirme ça et là, un "Moi-Je" irréductible et infidèle qui refuse toute appartenance imposée. La problématique du "Je" dont Norbert Elias dans La société des individus (1994) montre l'émergence historique récente et forte, reprend en quelque sorte tous ses droits dans cet espace socio-politique burkinabè où elle était finalement peu affirmée. Dès lors, le "Nous" sankariste, à l'instar de celui de Robespierre dans la Révolution française, devenait un territoire impossible. Thomas Sankara a sans doute été le premier à s'en apercevoir : il aurait proposer la RECTIFICATION de la Révolution pour aller vers plus de démocratie avant même que son compagnon d'armes, son ami, son "N°2" et finalement son tombeur Blaise Compaoré n'en fasse son cheval de bataille. Dans un de ses derniers grands discours à Bobo-Dioulasso (août 1987) il disait précisément ceci : "Dans le proche passé, nous avons parfois commis des erreurs. Cela ne devra plus se produire sur la terre sacrée du Burkina Faso. Il doit y avoir de la place dans le coeur de chacun de nous pour ceux qui ne sont pas encore parfaitement en harmonie avec le Discours d'orientation politique et les objectifs de notre plan quiquenal. Ce sera à nous d'aller à eux et de les gagner à la cause révolutionnaire du peuple... Nous devons préférer un pas ensemble avec le peuple plutôt que de faire dix pas sans le peuple." (In Thomas Sankara. Oser inventer l'avenir, p. 264, Ed Pathfinder et l'Harmattan 1991).

Pour finir, je vous laisse méditer ces deux citations :

1. "Ca me dépasse, mais c'est tout de même par moi que ça passe" (F. Flahault, La parole intermédiaire, Paris, Minuit, 1978 : 161).
2. "C'est quand je deviens Rien et parce que je suis capable de devenir Rien, de m'annuler, de m'oublier, de me dévouer, que je deviens Tout." (P. Bourdieu, Choses dites, Paris, Minuit, 1987).

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« Demandant l’attention d’autrui, tout communicateur donne à entendre que son message est pertinent. La tâche du destinataire est alors de construire une interprétation du message propre à confirmer cette présomption de pertinence. » (Sperber et Wilson. Relevance : Communication and Cognition 1986)

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04/04/2008

Sankara, Lumumba, Nkrumah et Cabral sur Google

ed15d0ee061b1cd6d623aa09ca5eb7c6.gifPatrice Lumumba (du Congo-RDC-Zaïre : 1925-1961), Kwame Nkrumah (du Ghana :244f513bba560a04774e8bc39da34508.jpg 1909-1972), Amical Cabral (de Guinée Bissau et Cap-Vert : 1924-1973) et Thomas Sankara (du Burkina Faso : 1949-1987). Dans quels univers sémantiques ces quatre mythes politiques africains apparaissent dans les résultats du plus grand moteur de recherche, Google ?

 

Pour vous en donner une idée, j’ai limité mon analyse aux résultats retournés par Google en réponse aux requêtes « Patrice Lumumba », « Kwame Nkrumah », « Amical Cabral » et « Thomas Sankara ». Les corpus respectifs recueillis ont été soumis à une analyse sémantique fine qui a permis de dégager deux types d’indicateurs : des "indicateurs plutôt médiologiques" et des "indicateurs plutôt idéologiques".

 

Par « médiologie » je renvoie à Régis Debray (1991) pour qui la cae06c7661759a443b98d8d66843fa9e.jpgmédiologie : « s’appelle l’étude des médiations matérielles à travers lesquelles un verbe se fait chair » ; c’est la « logistique de l’esprit qui entend reconduire0b4179b876141ff35eba91d56b77206b.jpg l’abstraction baptisée ‘pensée’ au système des supports, rapports et moyens de transport qui lui assure, pour chaque époque, son existence sociale ».

 

Quant à l’ « idéologie », elle se trouve dans le contenu et non dans le contenant. Je renvoie à Jean Baechler (1976) pour qui une idéologie est une formation discursive plus ou moins polémique grâce à laquelle une passion cherche à réaliser une valeur par l’exercice du pouvoir dans une société. C'est en cela que l'idéologie peut être un support socio-politique.

 

I. Mais d'abord j'ouvre une petite parenthèse pour faire observer que, à la date du 31/03/08 où j'ai effectué le prélèvement des corpus sur google, le classement en terme de nombre de résultats pour les quatres illustres hommes politiques africains était le suivant : 1. Kwame Nkrumah (249 000 résultats) 2.Patrice Lumumba (232 000 résultats) 3. Thomas Sankara (165 000 résultats) 4. Amilcar Cabral (162 000 résultats).

 

II. Les « indicateurs médiologiques » : le graphique ci-après indique le poids relatif des indicateurs médiologiques dans chaque corpus de résultats-google.

N.B. "établissts univs" signifie "établissements et universités".

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Quelques observations et commentaires :

 

- Cabral, Nkrumah et Lumumba se distinguent nettement de Sankara sur les indicateurs médiologiques "voies et aéroports" (rue, avenue, boulevard, aéroport), "Etablissements Universités" (école, lycée, collège, université) et "histoire" (notamment pour Nkrumah). Notons que le pic "voies aéroports" associé à Cabral s'explique largement par la popularité de l'aéroport international Amilcar Cabral. Tandis que le pic "Etablissements Universités" associé à Nkrumah s'explique largement par la popularité de l'université Kwame Nkrumah (Kwame Nkrumah University of Science and Technology). L'Université Patrice Emery Lumumba quant à elle ne semble pas aussi populaire, du moins dans les résultats de Google. Les résultats de Sankara mentionnent timidement un "Lycée Thomas Sankara" (1 occurrence) et l'avenue Thomas Sankara d'existence très récente.

 

- En revanche, Thomas Sankara domine sur tous les autres indicateurs médiologiques, dont respectivement : "presse, blog, forum", "art et culture", "discours et interviews", "vidéo", "célébration", "jeunesse", "associations et clubs", "livres et biographies", "radio-télévision" et "photos et images". Est-ce à dire que Thomas Sankara est plus dans l'air du temps, plus "actuel" que les trois autres grandes figures politiques africaines ??? Je vous laisse y réfléchir.

 

III. Les "indicateurs idéologiques" : le graphique ci-après indique le poids relatif des indicateurs idéologiques dans chaque corpus de résultats-google.

Quelques observations et commentaires :

- Au regard de ces résultats on peut affirmer que tous les quatre grands hommes politiques africains ici représentés sont bel et bien perçus comme des "(pan)africanistes". On notera toutefois que dans ce domaine Kwame Nkrumah est incontestablement une grande figure de référence. Ne dit-on pas qu'il est le "père" du panafricanisme ?

 

- Cabral, Nkrumah et Lumumba présentent des scores remarquables relativement aux indicateurs idéologiques "liberté et indépendance" et "colonialisme et impérialisme". Ces résultats confirment l'image qui leur est collée comme "pères" des mouvements de libération et d'indépendance de l'Afrique Noire et figures de référence des luttes anti-colonialistes et anti-impérialistes. Par ailleurs, on notera les références "communisme et socialisme" associées préférentiellement à Cabral et à Nkrumah.

 

- Thomas Sankara, quant à lui, se singularise par son "régime politique" marqué du sceau de la "révolution" et de la référence aux valeurs "intégrité, dignité, honneur". Il est présenté en plus comme une incarnation d'une certaine "espérance" africaine.

 

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28/03/2008

Thomas Sankara bat Blaise Compaoré... sur Google

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eb61e283448a27b107b1b067235040a7.jpgThomas Sankara - l’homme qui incarna et dirigea la Révolution burkinabè (Burkina Faso) du 4 août 1983 au 15 octobre 1987, l’homme qui est considéré comme le Che Guevara africain, l’homme dont l’héritage politique et « identitaire » est souvent comparé à ceux de Patrice Lumumba, Amilcar Cabral ou Kwame Nkrumah - survit-il sur le Web à son tombeur et unique successeur à la présidence du Faso : Blaise Compaoré ?

 

Le graphique ci-après – construit sur la base de l’analyse socio-sémantique des résultats fournis par le moteur de recherche le plus populaire Google en réponse aux requêtes « Thomas Sankara » et « Blaise Compaoré » - permet de répondre par l’affirmative.

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Ainsi que le montre le graphique ci-dessus, sans surprise c’est Blaise Compaoré qui domine l’actualité politique par rapport à Thomas Sankara. Cela est vérifié et confirmé par le différentiel du volume des résultats fournis par les moteurs de recherche d’actualités relatifs aux requêtes « Thomas Sankara » et « Blaise Compaoré », soit respectivement et à la date du 07/03/2008 : 4 résultats contre 107 résultats (pour le moteur Wikio) et 5 résultats contre 347 résultats (pour le moteur Redtram), pour ne citer que ceux-là.

 

En revanche, Thomas Sankara – qui totalise par ailleurs à la date du 08/03/08 plus de résultats sur Google que Blaise Compaoré (soit respectivement 178 000 résultats contre 156 000 résultats, ces données sont évolutives bien-entendu) - est incontestablement la « vedette » sur tous les autres « indicateurs socio-sémantiques » ici soumis à l’épreuve, lesquels indicateurs renvoient, selon leur sens et leur usage, à divers référents de la réalité sociale.

 


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« Demandant l’attention d’autrui, tout communicateur donne à entendre que son message est pertinent. La tâche du destinataire est alors de construire une interprétation du message propre à confirmer cette présomption de pertinence. » (Sperber et Wilson. Relevance : Communication and Cognition 1986)

 

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N.B. Pour une juste compréhension de certaines catégories socio-sémantiques du graphique, voici quelques précisions sur leurs composants :

 

- « Art et culture » : art, culture, artistes, cinéma (film), festival, musique, concert, théâtre etc.

 

- « Groupes sociaux » : association, ONG, club, sympathisants, etc.

 

- « Discours interviews » : discours, allocution, message, déclaration, interview, entretien, parole, etc.

 

- « Célébration » : célébration, célébrer, hommage, commémoration, cérémonie, etc.

 

- « Intégrité dignité » : intégrité, intègre, dignité, honneur, respect, moralité, etc.

 

- « Droit justice » : droit, justice, état de droit, droit civil, procès, avocats, commission d’enquête, magistrature, etc.

 

- « Politique » : politique, syndicalisme, diplomatie, élection, conseil des ministres, gouvernement, opposition, démocratie, colonialisme, mondialisme, internationalisme, dictature, progressisme, etc.

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14/03/2008

Thomas Sankara versus Blaise Compaoré sur l'éducation (1986-1996)

1f54f612d798cfc03224a1e984fc305e.jpgEn quoi le projet éducatif de feu le président Thomas Sankara diffère-t-il dans son contenu et danse2c79d82356d33b2613e03b30842f5a1.jpg sa philosophie générale de celui de son unique successeur le président Blaise Compaoré ? C’est une des questions auxquelles j’ai eu à répondre lors d’une soutenance de mémoire universitaire en novembre 1997. En surfant sur Internet il m’a été donné de constater que les gens (re)découvrent avec intérêt ce fameux « Appel de Gaoua » lancé il y a de cela plus de deux décennies. Aussi ai-je décidé de vous faire partager un aspect de mes analyses et de mes réflexions d’alors.

Les corpus et leurs contextes

En 1986, sous feu Thomas Sankara, président du Faso et du Conseil National de la Révolution, les révolutionnaires tenteront d’instaurer ce que l’on a appelé « l’école révolutionnaire », dont l’ « Appel de Gaoua » prononcé le 17 octobre 1986, en est un témoignage éclatant. Ce grand et long discours fondateur constitue le « corpus Sankara ».

Quant au « corpus Compaoré », il se compose comme suit : Un extrait du Programme de Large rassemblement du candidat Compaoré (1991) ; les discours du premier ministre Roch Marc Christian Kaboré au Conseil Supérieur de l’éducation de 1993, à l’ouverture et à la fermeture des Etats généraux de l’éducation de 1994 ; et enfin la « Loi d’orientation de l’éducation » décrétée le 9 mai 1996 par le président Blaise Compaoré.

Le graphique ci-après compare les deux corpus de textes sur la base d’un scénario d’analyse articulé autour de douze « indicateurs socio-sémantiques ».

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Observations

Ainsi qu’on peut le constater, les références « éthique et morale » (dont le pic est remarquable), « enfant », « famille » et « enseignant » sont nettement plus accentués dans le « corpus Sankara » que dans le « corpus Compaoré ».

En revanche, les références « enseignement » (dont le pic est remarquable), « finances gestion », « institution », « hiérarchie » et « droit » (normal, il y eut une loi), sont nettement plus accentués dans le « corpus Compaoré » que dans le « corpus Sankara ».

Il en ressort donc que les focalisations référentielles diffèrent de façon significative et ne sont pas sans lien avec les positionnements politiques qui les déterminent :

L’un, le projet éducatif sankariste, prônant la morale et l’éthique de la responsabilité individuelle et collective et opérant sur les acteurs sociaux, les partenaires de l’éducation dont notamment le « triangle éducatif » famille-enfant-enseignant, semble être plutôt régi par une philosophie du changement social, de transformation des valeurs.

L’autre, le projet compaoriste, prônant une politique centrée sur le système d’enseignement en tant que tel (mise en cause des contenus et des formes d’enseignement), sans oublier les contraintes financières qui commandent une gestion se voulant rigoureuse de l’institution éducative et de son organisation hiérarchique, semble être animé par une logique d’adaptation visant l’efficience avec un minimum de risque, certains diront pragmatique.

Ces observations m’avaient inspiré ces réflexions : « Disons-le, le changement comporte beaucoup de risques, il n’est pas sans lien avec une certaine dose d’utopie qui le précède et le contient. Tandis que l’adaptation a cet avantage de rassurer, elle n’est pas créatrice de nouveautés, mais elle rassure et est moins coûteuse du point de vue socio-cognitif. Elle suit le cours de l’histoire sans oser proposer une autre issue, un autre monde, une autre histoire.» Et j’ajoutais : « Avec la chute de Thomas Sankara et du Conseil National de la Révolution en octobre 1987, on peut craindre que l’ « instituant » soit évacué du même coup et que les forces conservatrices, même teintées de réformisme, finissent par s’institutionnaliser. Il ne faut pas oublier que le réalisme de la realpolitik (appelée aussi pragmatisme) consacre aussi une perte de la force instituante, de l’effervescence créatrice, de l’utopie ». Qui dit mieux ?

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Vous pouvez aussi lire sur ce site un autre article : "Thomas Sankara bat Blaise Compaoré sur... Google".

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